Les villages d’artisans d’Oaxaca, jour par jour

Le barro negro, la poterie noire et lustrée d’Oaxaca, se façonne à San Bartolo Coyotepec, un village au sud de la ville. Dans les vallées centrales de cet État du sud du Mexique, chaque commune tient une matière, et sa voisine en tient une autre. Cette répartition commande la préparation du séjour. On ne cherche pas un atelier au hasard des rues, on choisit un village, puis le jour où l’on s’y rend, parce que la semaine de chacun tourne autour de son marché.

Petites figurines en bois de copal peintes de couleurs vives, alignées sur un étal de marché à Oaxaca
Des alebrijes, taillés dans le copal puis peints à la main, sur un étal des vallées centrales d’Oaxaca. Photo analuisa gamboa, Unsplash.

Chaque village a son jour de marché

Le tianguis, le marché hebdomadaire, tombe un jour fixe qui change d’une commune à l’autre. Santa María Atzompa le mardi, Villa de Etla le mercredi, Zaachila et Ejutla de Crespo le jeudi, Ocotlán de Morelos, San Bartolo Coyotepec et Santo Tomás Jalieza le vendredi, Tlacolula de Matamoros le dimanche, ce dernier étant le plus grand des vallées centrales. Le séjour se construit donc sur ce calendrier avant la carte. Arriver un mardi dans un village qui vend le vendredi, c’est trouver la rue calme et la place vide. Le marché commence tôt et l’affluence retombe dans l’après-midi. Les ateliers, eux, travaillent en semaine, jour de tianguis ou pas.

Trois villages, trois matières

San Bartolo Coyotepec produit le barro negro. Sa couleur ne vient pas d’un émail mais d’une cuisson en four fermé, où la fumée piégée noircit la terre, technique vieille de plusieurs siècles. Le brillant, lui, est récent : Rosa Real Mateo de Nieto, dite Doña Rosa, a mis au point au milieu du XXe siècle un polissage à la pierre avant séchage complet, qui donne aux pièces leur éclat métallique. Le musée d’État d’art populaire est dans le village. Vers l’est, Teotitlán del Valle tisse la laine au métier à pédales, arrivé au XVIe siècle avec les moutons espagnols, et teint ses fils à la cochenille, à l’indigo et à la mousse de roche. Plus au sud, San Martín Tilcajete taille dans le copal des figurines que les étals vendent sous le nom d’alebrijes, mot qui désignait d’abord les pièces en papier mâché de Mexico. En ville, le Musée textile d’Oaxaca, rue Hidalgo, expose des tissages de tout l’État.

Les ateliers de barro negro de San Bartolo Coyotepec et les artisanes qui les tiennent aujourd’hui. Reportage du quotidien mexicain La Jornada.

La saison sèche, et deux moments où la ville se remplit

La saison sèche va de novembre à avril. Mai fait la charnière, chaud et encore sec, puis les pluies s’installent pour l’été et s’espacent au cours d’octobre. Elles tombent surtout en fin de journée, laissent les matinées libres et rendent les pistes des villages moins praticables. L’altitude corrige la latitude, la ville étant posée à environ 1 500 mètres, d’où des matinées fraîches et des après-midi chauds. Deux périodes saturent l’hébergement. La Guelaguetza occupe deux lundis de juillet, les Lunes del Cerro, ceux qui suivent le 16 juillet, décalés si l’un d’eux tombe le 18, anniversaire de la mort de Benito Juárez. La fête des morts, autour des 1er et 2 novembre, produit le même effet.

Depuis Mexico, l’avion ou le car

Il n’existe pas de vol direct depuis l’Europe, et la correspondance se prend à Mexico. Entre les deux villes, l’avion n’enlève qu’une petite partie de la journée. Le car des lignes ADO, qui partent de plusieurs terminaux de Mexico, occupe la journée ou la nuit, pour une dépense sans commune mesure avec celle du vol. Sur place, la voiture n’est pas indispensable, puisque les colectivos, ces taxis partagés qui s’élancent une fois pleins, desservent les villages depuis des points de départ fixes en ville, les retours se raréfiant en soirée. Aucun permis n’est demandé et aucun guide n’est obligatoire pour entrer dans un village ou pousser la porte d’un atelier. Monte Albán, la cité zapotèque qui domine la vallée, se visite depuis la ville ; le site dépend de l’INAH et la dernière entrée précède la fermeture, en fin d’après-midi.

Se loger en ville plutôt qu’au village

Les villages d’artisans ont peu de lits et pas toujours de quoi dîner le soir. La pratique courante consiste à dormir dans le centre historique et à en sortir chaque matin, quitte à y consacrer la matinée entière pour les communes les plus au sud, Ejutla de Crespo par exemple. Les jours de marché s’étalent du mardi au dimanche, si bien qu’en voir plusieurs suppose de rester la semaine. Ce sont surtout les ateliers qui retiennent, parce qu’ils prennent le temps qu’on leur donne. Hors des pointes de juillet et de la Toussaint, une chambre se trouve encore en arrivant. Pour ces deux périodes, la réservation se fait plusieurs mois à l’avance et le centre part le premier.

Où passe l’argent, une fois sur place

Le budget d’une semaine se joue presque entièrement sur l’hébergement. Le nombre de nuits et la catégorie choisie pèsent bien plus lourd que les trajets en colectivo, les repas de marché ou les entrées de sites, qui restent des dépenses de détail. Entre une auberge du centre, une posada familiale et une maison ancienne transformée en hôtel, l’écart se creuse à chaque nuit et se multiplie par la durée, si bien que le standing et le nombre de nuits se décident ensemble. C’est l’arbitrage à poser avant de réserver, et cet outil aide à le faire en mettant le séjour à plat, jour par jour. Restent les achats. Un tapis de Teotitlán, une pièce de barro negro ou une figurine de copal se discutent devant la personne qui les a faits, et cette ligne-là ne se fixe pas d’avance.